La douleur d’un peuple au pied du mur

La complainte du citoyen

(Athènes, Grèce) Les mesures d’austérité imposées en Grèce, où le gouvernement cherche par tous les moyens à éviter la faillite, ont un très lourd impact sur la population. Les coupes dans les salaires et les pensions et l’accumulation de taxes spéciales rendent la vie impossible à nombre de ressortissants du pays.

En décembre, Nikolaos a quitté sa résidence en périphérie d’Athènes sans rien dire à sa femme et ses deux enfants et s’est rendu à la côte en autobus. Une fois à destination, il a attaché autour de son cou une corde reliée à une grosse pierre et s’est lancé dans la mer. L’homme de 45 ans, qui travaillait comme gardien de nuit, s’était récemment vu proposer des horaires réduits, qui avaient fait fondre le revenu familial à 700 euros [919,00$ US] par mois, une somme accaparée aux deux tiers par l’hypothèque de la maison. Il n’a jamais demandé d’aide : c’était un homme très fier. Devant déjà composer avec les troubles psychologiques de sa femme et la maladie d’un de ses enfants, ses difficultés économiques ont finalement eu raison de sa détermination. Bien que peu rapportées dans les médias locaux, nationaux et internationaux, partout dans le monde, des histoires semblables ne sont pas rares. Partout dans le monde, y compris dans les pays les plus riches, les plus industrialisés, les plus [civilisés], le désespoir suscité par les mesures d’austérité fait de plus en plus de victimes. Partout dans le monde, misère et pauvreté sont de plus en plus omniprésentes.

Le ministère de la Santé grec a récemment signalé que le taux de suicide dans le pays, longtemps l’un des plus faibles d’Europe, avait augmenté de 40% dans la première moitié de 2011. Klimaka, une organisation communautaire d’Athènes qui gère une ligne de soutien psychologique pour les personnes en détresse psychologique, a vu le nombre d’appels doubler depuis le début de la crise. La coordonnatrice d’un centre d’accueil chapeauté également par l’organisation note que de plus en plus de gens utilisant ces services sont des personnes qui étaient à l’aise financièrement, découragées parce qu’elles ne peuvent plus payer les factures. Les difficultés manifestées dans les appels d’urgence ne sont que la pointe de l’iceberg puisque les mesures d’austérité touchent durement de vastes pans de la population. Partout dans le monde, y compris dans les pays les plus riches, les plus industrialisés, les plus [démocratiques], des histoires semblables ne sont pas rares. Que ce soit en Grèce ou ailleurs, dans quelque pays que ce soit, misère et pauvreté sont de plus en plus omniprésentes. Le désespoir suscité et provoqué par les mesures d’austérité fait de plus en plus de victimes.

Aristophanes Koutoungos, qui enseigne la philosophie dans une université d’Athènes, n’avait jamais envisagé qu’il serait un jour aux prises avec un manque d’argent. «Je suis censé faire partie des gens privilégiés», ironise l’homme de 64 ans. En raison des coupes imposées aux employés de l’État, ses revenus ont été réduits du tiers. Depuis plusieurs mois, en raison de l’inflation et de bas niveau salarial, il était déjà incapable d’assumer l’ensemble de ses factures courantes et ses paiements hypothécaires et ses revenus devraient encore fondre dans les mois qui viennent pour s’établir autour de 1500 euros [1971,00$ US]. «Je paie un peu à gauche et à droite, mais je m’endette de plus en plus», relate M. Koutoungos, qui a dû se résigner à vendre sa résidence pour rester à flot. «C’est terrible à vivre… D’autant plus que nous n’avons aucun espoir de voir les choses s’améliorer dans le pays», dit le professeur. Cette histoire vous semble familière ? Partout dans le monde, y compris dans les pays les plus riches, les plus industrialisés, les plus [égalitaristes], même chez-nous, des histoires semblables ne sont pas rares.

Partout dans le monde, tout comme en Grèce, nous assistons à la disparition des classes moyennes. Partout dans le monde, [les politiciens de touts acabits continuant à tergiverser et à encaisser des salaires plus que confortables], nous assistons à un écart de plus en plus marqué entre une minorité de riches et une majorité de pauvres. Alors que les riches continuent à s’enrichir et que les pauvres continuent à s’appauvrir, partout dans le monde, des politiciens sans vergogne, sous le prétexte de vouloir le bien de leurs communautés respectives, continuent à proposer et imposer des coupes tous azimuts, y compris dans les salaires et les services d’aide aux plus démunis.

Qu’en est-il d’un pays ou d’une nation ou une partie toujours croissante de la population, totalement laissée à elle-même, vit ou tente de survivre en fouillant dans les poubelles, en poussant des chariots de supermarché dans la rue et y empilant des objets récupérés à droite et à gauche dans l’espoir d’en tirer quelques sous ? Qu’en est-il d’un pays ou d’une nation ou une partie toujours croissante de la population, en désespoir de cause, ayant tout perdu tout espoir de se trouver un emploi, en soit réduite, attendant que se produise un miracle quelconque, à dormir sur le trottoir caché sous une couverture ?

En vérité, personnellement, j’en suis rendu là et permettez moi de vous le dire : c’est à chier ! Malgré toute mon instruction, malgré toute mon expérience professionnelle, je ne trouve plus d’emploi et je n’ai eu aucun travail depuis maintenant plus de deux ans. J’ai tout perdu et ne serait-ce la charité de certains, [qui ne durera que le temps d’un hiver], ce soir, je dormirais sur le trottoir. Malgré tout, je suis heureux. Pourquoi me plaindre ? Je vis dans l’un des pays les plus riches et industrialisé de la planète, dans un pays capitaliste et démocratique où, si vous êtes âgé de plus de 40 ans, instruit, possédant trop d’expertise, prétextant le salaire que vos qualifications exigeraient, on vous refusera tout travail alors que vous dormez sur la rue. Pourquoi me plaindre alors que vivant dans une riche démocratie industrialisée, sans emploi, om me refusera l’accès à toute aide sociale prétextant le fait que compte tenu de mon instruction, je peux me trouver un emploi ?

Non, j’ai toutes les raisons du monde pour envisager l’avenir d’un œil bienveillant. Je vis dans un pays où le salaire minimum ne me permet même pas de payer les factures du logement, des utilités publiques et du téléphone. Je vis dans un pays où seul le paiement des factures de subsistances mensuelles exige deux salaires. Je vis dans un pays où, pour une majorité, sans la disponibilité des cartes de crédit, il est impossible de joindre les deux bouts. Non, je n’ai aucune raison de me plaindre, nous ne sommes pas encore la Grèce, nous disposons encore du crédit. En vérité, je vous le dit, nous y sommes presque et ce, même pour la majorité des pays industrialisés qui se targuent du capitalisme et de la démocratie. Il n’y a pire dictature que celle du capitalisme. Partout dans le monde, la classe moyenne est passée à la hache et la situation va encore se détériorer.

La prochaine étape : tous à la rue.

 

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